Test du Canon EOS Ra - Bastien Foucher - Astrophotographies

Canon m’a prêté pour mon séjour au Chili de Décembre 2019 un boîtier hybride EOS Ra, une déclinaison astrophotographique du Canon EOS R. Ce n’est pas la première fois que Canon propose un boîtier modifié constructeur pour les astrophotographes : les prédecesseurs de l’EOS Ra étaient les EOS 20Da (2005) et l’EOS 60Da (2012). D'autres constructeurs se sont également prêtés à l'exercice comme Nikon et son très cher D810a.

En tout cas, dès la réception, le carton annonce la couleur : le boîtier est modifié pour percevoir le rouge des nébuleuses... une jolie photo de la nébuleuse Californie (NGC 1499) le décore en effet. D'ordinaire, cette nébuleuse est quasi invisible pour les boîtiers non modifiés.

Le Canon EOS Ra
Le carton du Canon EOS Ra

Le carton de l'EOS Ra annonce la couleur : à vous les nébuleuses rouges !


Un boîtier modifié, pour quoi faire ?

Votre appareil photo se doit de reproduire fidèlement les couleurs que vous percevez à l’œil nu. Mais ce n'est pas si simple : votre appareil se doit de reproduire les défauts de perception de nos yeux, qui sont plus sensibles au vert qu'au rouge et au bleu, et qui ne perçoivent pas du tout les infra rouges.

Pourtant, le capteur de votre appareil est sensible à toutes ces longueurs d'ondes lumineuses. Plusieurs dispositifs ont donc été inventés pour que les couleurs qu'il restitue soient identiques à celles perçues par nos yeux. Il est donc rendu plus sensible au vert grâce à la matrice de Bayer (cette matrice permet aussi de réaliser le rendu couleur d'une image) et un filtre anti-infrarouge (un « bout de verre » de quelques millimètres d'épaisseur) a été placé à sa surface.

C'est ce filtre anti-infrarouge qui est problématique pour pratiquer l’astrophotographie car il coupe les longueurs d'ondes rouges qui sont émises par les nébuleuses (la raie « H alpha »). Pour obtenir de meilleurs résultats en astrophotographie, il est donc nécessaire de le retirer ou de le remplacer, chose que propose d’origine Canon avec son EOS Ra.

Simulation de deux images brutes réalisées avec un appareil non modifié (à gauche) et un appareil photo modifié (à droite).
Une tâche rouge apparaît avec l’appareil modifié : il s’agit de la nébuleuse Californie (NGC 1499).


L’ergonomie

Pour les habitués des réflex, passer à l’hybride est un grand changement. Le plus grand d’entre eux concerne la visée électronique. Les constructeurs ont vraiment fait des progrès d'années en années, l’image affichée est maintenant très bien définie. Mais celle de l'EOS R semble peut être toujours un peu lente pour me faire oublier la visée optique.

Le plus grand intérêt de l’EOS Ra par rapport à un boîtier comme l’EOS 5D Mark IV, c’est son écran orientable. Grâce à lui, il n’est plus nécessaire de se mettre à genoux sur des sols parfois très inconfortables. Celui du Ra permet en plus de zoomer jusqu’à 30 fois sur les étoiles ce qui est appréciable pour effectuer une mise au point nocturne précise.

Ecran arrière EOS Ra

L'écran orientable de l'EOS Ra est très pratique en astrophotographie....


Quelques pingreries

Grande surprise : l’EOS Ra ne possède pas d’intervallomètre intégré. Alors que son grand frère l’EOS 5D Mark IV et même son petit frère l’EOS Rp en possèdent un. Le constat est identique pour l'application smartphone Canon Camera Connect qui ne propose pas cette fonctionnalité. Quel dommage pour un boîtier dédié à l’astrophotographie... L’interface de la télécommande n’est non plus pas la même que celle des EOS 6D, 5D, etc… Heureusement, un adaptateur existe, mais il vous faudra l’acheter.

Quant à la bague de conversion de monture RF->EF qui est fournie avec l'EOS R "normal", elle n’est pas incluse non plus, probablement pour faire baisser le prix de ce boîtier de niche.



Performances sous le ciel nocturne

Le capteur de l’EOS Ra est un capteur dérivé de l’EOS 5D Mark IV. Il en reprend donc les qualités, dont un capteur très propre dès les plus basses sensibilités ISO. Le capteur semble ISO-invariant à partir de 6400 ISO, mais je n’ai pas eu le temps de faire des mesures précises. L’autofocus est également très performant dans le noir. Si vous possédez un objectif bien ouvert, il suffit de « cliquer » sur une étoile pour que le boîtier fasse tout seul la mise au point.


Le capteur de l'EOS Ra est très propre dès les plus bas ISO : 400 ISO (à gauche), 6400 ISO (milieu), 12800 ISO (à droite).


L’EOS Ra vaut-il le « coût » ?

Pour un usage exclusivement astrophotographique, l’EOS Ra est hélas cher : 2750 euros. Un coût qui s’explique probablement par le marché de niche qu’est celui de l’astrophotographie, la fabrication de ce boîtier obligeant sans doutes la création de processus très spécifiques pour finalement peu de modèles vendus.

Une alternative est de faire modifier un boîtier « R » normal (2300€ environ) par une société comme la société EOS for astro pour 430€. On en revient alors au prix du Ra, mais on perd la garantie constructeur ce qui n'est pas une bonne option. L’autre option si vous souhaitez rester sur un capteur plein format est le Canon RP. Ce boîtier coûte environ 1300€, est plus léger, possède le même capteur que le 6D Mark II et contrairement au R il possède un intervallomètre intégré ce qui évite d’acheter cet accessoire. Par contre, sa batterie est plus petite et offre probablement une autonomie moindre. Quant à la modification, elle coûte 430€ pour ce modèle aussi.

Un chalet sous les étoiles

Un chalet sous les étoiles... Panoramique de 8 images de 25 secondes avec un objectif de 14 mm ouvert à F2.
On distingue clairement des tâches rouges dans le ciel (la boule de Barnard, Gum Nebula, la Carène), signe que l'appareil est bien sensible à la raie Ha émises par les nébuleuses.

Un phare dans le ciel nocturne...  Panoramique 8 images de 25 secondes  réalisées avec un objectif de 24mm ouvert à F2.
Les nébuleuses rouges apparaissent clairement dans la Voie Lactée avec l'EOS Ra. Photographie : Sabine Gloaguen.

Par contre, si vous envisagez à la fois une utilisation « diurne » et « nocturne » de votre boîtier alors l'achat d'un EOS Ra prend tout son sens. Par rapport à un boîtier modifié artisanalement, il possède le grand avantage d’avoir une balance des blancs réglable tout en étant sensible à la raie H-Alpha comme le montrent les images ci-dessous. En effet, les blancs restent « blancs » quelle que soit la balance des blancs que vous réglez sur l'appareil (soleil, ombre, tungstène…). Sur un boîtier modifié, il faudra réaliser ce réglage sur votre logiciel de post-production comme Lightroom, sous peine d’avoir une dominante rouge prononcée quelle que soit la balance des blancs choisie sur votre boîtier (seule la balance des blancs « manuelle » réalisée par l'opérateur qui a modifié le boîtier présente un réglage correct).


Avec l'EOS Ra, il est possible de modifier la balance des blancs directement sur l'appareil. Elle sera ensuite reprise dans un logiciel comme Lightroom. Avec un boîtier modifié, cela n'est pas possible : hormis la balance des blancs "custom" réalisée par l'opérateur qui a modifié l'appareil, toutes les autres balances de blancs présentent une dominante rouge prononcée.


Pour conclure

Le bilan est tout de même positif pour l’EOS Ra. J’ai été séduit par sa compacité, son ergonomie et par les performances de son capteur. Par contre, il est vraiment dommage que pour le prix Canon n’ait pas doté le boîtier d’un intervallomètre intégré. Son grand frère l’EOS 5D Mark IV et même son petit frère l’EOS Rp en possèdent pourtant un. La bague de conversion RF -> EF n’est pas incluse d’origine non plus, il faudra donc ajouter le prix de cet accessoire (200€) à votre budget si vous comptez utiliser les objectifs Canon que vous possédez déjà.

Bref, si vous êtes déjà chez Canon avec un budget confortable, que vous recherchez un boîtier compact 24x36 et performant pour à la fois l’astrophotographie et la photographie diurne, l’EOS Ra est clairement une option à envisager. Pour un budget moindre, regardez peut-être du côté d'un EOS Rp que vous feriez modifier.



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Au sommaire :
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- Voie Lactée
- Arches de Voie Lactée
- Aurores boréales
- Pluies d’étoiles filantes
- Ciel profond (nébuleuses, galaxies...) (35 pages)
- Comètes
- Lune
- Visites virtuelles
- …


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